Alors que les premiers éléments de l'enquête sur la dernière marée noire dans l'estuaire de la Loire témoignent de la négligence de Total quant à l'entretien de ses
installations, Emgann-MGI dénonce la précarité des intérimaires travaillant sur les sites de dépollution et la totale inorganisation du nettoyage géré par les entreprises embauchées par
Total.
Désormais on sait que Total a clairement minimisé l'accident survenu à la raffinerie de Donges le 16 mars dernier. On sait que la fuite de plus de 400 tonnes de
fioul aurait pu être évité si Total avait porté attention à la fuite d'eau qui durait depuis plusieurs temps et qui a causé la rouille de la canalisation transportant le fioul près de la berge.
On observe clairement que la préfecture n'a pas daigné allez vérifier l'entendu des dégâts une fois avertie. La culpabilité de Total dans cette nouvelle marée noire, la troisième en deux ans dans
l'estuaire, et la complicité de la préfecture, ne semblent maintenant faire aucun doute. Pour se dédouaner de ses responsabilités aux yeux de l'opinion Total a pour la première fois décidé de
financer directement le nettoyage, en annonçant à la presse qu'il n'y en aurait que pour quelques jours, qu'elle envoyait plus de 500 « professionnels » régler tout ça.
Alerté par des intérimaires employés à nettoyer les différents sites de pollution de l'estuaire, Emgann a été vérifier le déroulement des opération sur le site de
Cordemais près de la centrale thermique d'EDF. En plus de l'effroyable dégradation des berges de la Loire, zones protégées et classées Natura 2000, nous avons observé de sérieux
dysfonctionnements dans les opérations de nettoyage financés par Total, conditions de travail déplorables, sites protégés massacrées, oiseaux mazoutés non décomptés, proximité du bétail avec le
mazout,...
Des conditions de travail inacceptables !
Contrairement a ce que Total laissait entendre dans la presse, les sociétés recrutées pour ces opérations ne sont pas des « experts », des
« professionnels » de la dépollution, mais de simples sociétés nettoyage industrielle habituées généralement a nettoyer des bureaux, des laboratoires, des usines agro-alimentaires, et
réellement incompétentes. Il n'y a que des intérimaires à travailler et aucun des chefs de chantier n'a de formation ou de simples connaissances dans de le domaine de la dépollution. Les célèbres
combinaisons jaunes qu'on a pu voire dans les journaux, affichent pour certaines des dates de péremption dépassées de plusieurs semaines. Certains matins il a des masques pour se protéger des
émanations de fioul, d'autres pas, de toute façon depuis quelques jours il ne distribuent plus que de simples masques à poussière; et quand on demande au responsable de la société de nettoyage
TFN si le fioul
est possiblement toxique, il répond « vos masques on vous les donne, c'est pour que vous les mettiez si l'inspection du travail arrive. De tout façon si le
pétrole était toxique les gars de chez Total en porteraient !». Pourtant des pompiers et des infirmières qui stationnent de temps à autre près du site nous disent que c'est toxique, qu'il
faut mettre deux à trois masques par jour, mais comment faire ? Ils n'en distribuent même pas un par personne. Une citerne a été installé lundi à la sortie du site sur la demande de plusieurs
intérimaires qui réclamaient un point d'eau pour se rincer avant d'aller manger. En effet, là- bas on mange sur le site, et même avec de l'eau ou des lingettes, que les intérimaires amènent pour
enlever le fioul qui s'est immiscé entre la base du des gants et la combinaison, le fioul reste collé au main. On stipule pourtant qu'en aucun cas le fioul ne doit être ingéré. Les hommes et les
femmes ne touchent pour la plupart aucune prime de salissure de la part de leur agence interim, il n'y a qu'une toilette complètement souillée pour une centaine de travailleurs et aucune douche.
Le piétinement des berges a transformé le site en un vaste champ de boues vaseuse et mazoutée, hier matin un ouvrier s'est fracturé la jambe en glissant sur une planche servant de passage entre
deux rives d'un étier.
Une organisation inexistante et anti-écologique
Contrairement à ce que Total déclarait dans la presse il n'y a pas de « professionnels » sur le site, et plus de trois semaines après, le travail n'est
pas fini. Le chantier n'avance pas, mais Total paie, elle ne veut pas d'histoires. On coupe les roseaux des berges et l'herbe mazoutés a une centaine de mètre de vaches qui paissent
tranquillement. Le matériel manque, ceux qui ont réussi à attraper une truelle ou une fourche arrachent les mottes végétales et la vase, on leur a demandé; les autres attendent, personne ne sait
quoi leur donner à faire. Au début on avait donné une sorte de grand tissus blanc à étaler sur l'herbe et qui devait absorber le pétrole, deux jours après tout sera arraché par une pelleteuse.
Quelques minutes après que la pelleteuse ait arraché la partie superficielle du sol le fioul imbibant la terre refait surface. Après une
journée de travail les berges boueuses et complètement massacrées sont encore plus horribles et détruites que quand on est arrivé. Hier matin des intérimaires ont
trouvé un oiseau mazouté dans les roseaux coupés, une poule d'eau vraisemblablement, sitôt le chef dira de le balancer avec le reste du bourrié, visiblement aucune société de protection ou
ornithologique ne sera prévenu.
Nous dénonçons l'attitude de Total qui fait tout pour passer sous silence la marée noire qu'elle a causée, nous dénonçons l'attitude de le préfecture qui ne
fait rien pour contrôler les travaux de nettoyage diligentés par Total. Nous avons prévenu dès aujourd'hui les syndicats SLB, SUD et CGT sur les conditions de travail des intérimaires et la LPO
et Bretagne Vivante sur la situation écologique des opérations. Nous réclamons auprès de la société Total et de la préfecture que la nature toxique ou non du fioul ramassé par les intérimaires
soient rendu publiques et communiqué aux intérimaires.
Deuxièmement nous nous opposons à ce qu'un jour la pollution du site permette à l'Etat de déclasser la zone protégée des marais de Lavau, facilitant ainsi l'extension du port et de la société
Total sur le périmètre de Donges-est.
Comme l'affichait sur sa combinaison un travailleur sur le site de Cordemais « les bretons en ont marre des marées noires », et c'est bien avec l'acquisition d'un pouvoir démocratique
ici, en Bretagne, que nous serons mieux à même de défendre et de préserver notre environnement face aux intérêts des lobby pétroliers et nucléaires et à leurs amis du pouvoir
central.